Agresseurs sexuels : qui sont-ils?

Anne-Frederique Hebert-Dolbec
Les derniers articles par Anne-Frederique Hebert-Dolbec (tout voir)

Le mythe du prédateur sexuel qui rôde dans les ruelles, le soir, à la recherche d’une victime potentielle, persiste dans l’imaginaire collectif. Pourtant, on sait dorénavant que la grande majorité des agressions sexuelles (entre 75 et 90 % selon différentes études) sont commises par une personne connue de la victime : un parent, un ami, un collègue de travail, etc. Mais qui sont ces individus qui décident de passer à l’acte? Et qu’est-ce qui les distingue du reste de la population?

« Il n’existe pas de caractéristiques types qui définiraient avec précision un agresseur sexuel », affirme Franca Cortoni, psychologue spécialisée dans la délinquance sexuelle et professeure à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. 

En effet, la grande variété de comportements et de motifs d’agression sexuelle ne permet pas de cibler des prédispositions précises qui amèneraient un adulte à violer l’intimité d’un autre. 

« Aucune relation directe de cause à effet n’a été établie par les nombreuses études réalisées sur le sujet, poursuit-elle. Il existe toutefois une série de facteurs de vulnérabilité qui peuvent expliquer qu’une personne adopte un comportement sexuel coercitif. Plus ces facteurs sont présents, plus les chances de commettre une agression ou de récidiver augmentent. »

Depuis plus de 30 ans, des chercheurs se sont penchés sur les caractéristiques individuelles, les motivations, les modus operandi et les facteurs déclencheurs qui expliqueraient les agissements des délinquants sexuels. À partir de ces recherches, l’Institut national de santé publique du Québec dégage quatre profils différents.

Les opportunistes

Depuis longtemps, la culture patriarcale qui forme la base de notre société encouragerait ou tolèrerait certains comportements reliés à la coercition sexuelle. Cette culture du viol serait notamment soutenue par la manière dont nous socialisons les garçons, axée sur la domination, la violence et la recherche de pouvoir.

Cette hégémonie pourrait donner l’impression à certains hommes que la sexualité est un droit acquis. Les femmes seraient par conséquent tenues de répondre au moindre de leurs désirs. 

« Les stéréotypes jouent encore un grand rôle dans les rapports sexuels. Ainsi, entre autres distorsions cognitives, les opportunistes croient que si une femme accepte un rendez-vous galant ou embrasse un homme, elle accepte implicitement que le tout se conclue dans la chambre à coucher », souligne Franca Cortoni.

Le même phénomène peut être observé dans les milieux de travail. « Il existe encore des patrons qui croient à tort que leur statut social leur donne certaines prérogatives. Leur sentiment de supériorité brouille souvent leurs signaux d’empathie et leur code moral. »

Les colériques

Certains individus – prompts à des crises de colère ou de rage – peuvent exprimer leur agressivité à travers la sexualité. « Ces derniers peuvent ressentir une forme d’hostilité envers les femmes en général. Ils ne leur font pas confiance, et elles sont souvent la source de leur colère », indique la professeure.

L’agression sexuelle devient alors un moyen de punir, d’asseoir son pouvoir et sa domination, ou encore d’humilier sa victime. 

Le compensatoire

« La régulation des émotions et la capacité à les exprimer sont essentielles à la bonne santé psychologique d’un individu, continue Franca Cortoni. Les agresseurs sexuels ont de la difficulté à entretenir des relations saines et à maintenir une intimité émotionnelle et ils attachent beaucoup d’importance à la sexualité. Dans ce contexte, la sexualité peut devenir une stratégie d’adaptation, un moyen de se sentir mieux dans leur peau. »

L’agression sexuelle, mis à part lorsque l’objectif est de faire du tort à la victime, repose sur les besoins immédiats de l’agresseur. Ce dernier ne considère donc pas les torts qu’il pourrait causer à la victime. « Ce n’est pas un manque d’empathie en général, mais plutôt un manque d’égards envers autrui. »

Le sadisme

Dans de rares cas, les agresseurs sexuels sont de véritables prédateurs dont les crimes sont prémédités. « Ce sont généralement des personnes chez qui la sexualité occupe une place centrale et qui adoptent des comportements sexuels compulsifs. Ils ont souvent recours à la violence, puisqu’ils obtiennent une certaine gratification à travers la douleur ou la peur de leur victime. »

Ces prédateurs doivent souvent conjuguer avec l’isolement social, une faible estime de soi, ainsi que d’autres troubles de personnalité, tels que l’opposition à l’autorité et la psychopathie. 

Attention!

Franca Cortoni rappelle qu’il faut faire preuve de prudence avant de sauter aux conclusions. « Ces catégories peuvent être un outil utile dans l’évaluation clinique ou le traitement des agresseurs sexuels, mais elles ne sont pas mutuellement exclusives. Les délinquants sexuels se limitent rarement à un seul de ces profils. Chez un individu, l’un pourrait être prédominant, alors que chez un autre, les caractéristiques des autres seront présentes à différents degrés. » 

0.00 avg. rating (0% score) - 0 votes
Anne-Frederique Hebert-Dolbec

Journaliste indépendante

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires