Emblème national, connait-on le drapeau québécois?

Delphine Caubet
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Un texte de Anne Reitzer et Delphine Caubet – Dossier Politique

«Pour la majorité des Québécois, c’est un lys, alors que, botaniquement parlant, c’est un iris versicolore», explique Louise Gratton, consultante en écologie. Cet imbroglio historique et culturel autour de la fleur de lys dure depuis des siècles et Jacques Cartier n’a pas manqué de l’importer au Québec.

L’origine de cette erreur est incertaine. Le chroniqueur du Soleil, Larry Hodgson, remonte aux premiers Francs et à l’avènement de Clovis (en 482) qui l’adopta comme symbole au cours de conquêtes en Flandre. Poussant sur le bord de la rivière Lys, l’iris appelé la fleur de la Lys serait devenu fleur de lys. Louis VII, autre roi des Francs en 1137, est également suspecté. Le roi, arborant un iris sur son blason, passa de « Flor de Loys » à fleur de Lys. Enfin, Louise Gratton nous rapporte une dernière explication. Cette fleur poussant dans un milieu humide était appelée fleur de lisier, contracté avec le temps à fleur de lis. Les deux orthographes (lys et lis) étant acceptées.

Une chose est certaine: botaniquement, la fleur de lys (sur le drapeau québécois entre autres) est un iris. Louise Gratton explique que l’on voit la différence au nombre de pétales. Un iris en possède 3 contre 5 pour le lys.

Changement d’emblème

En 1948, lorsque sous Maurice Duplessis il est décidé que le drapeau sera cantonné de quatre fleurs de lys, les botanistes se sont manifestés pour dire que c’était une erreur; d’autant que la fleur n’est pas indigène. Et elle n’a jamais poussé au Québec, alors que l’iris versicolore est partout dans la province et s’éclot aux alentours de la Saint-Jean.

Il aura fallu attendre plus de 50 ans avant que le gouvernement du Québec décide de changer enfin l’emblème de notre province pour adopter l’iris versicolore. Si différentes actions ont été menées durant plusieurs années, toutes se sont soldées par un échec.

En 1999, Louise Gratton se trouve dans un petit restaurant montréalais lorsque lui vient une idée: «C’est bizarre de dire ça, mais j’ai eu comme un éclair de génie. J’ai repensé à la société de publicité PopMedia qui faisait des cartes postales, et je me suis dit qu’en fait jamais une campagne publique n’avait été menée et c’était peut-être pour ça que le gouvernement ne nous entendait pas.»

C’est pourquoi Louise décidera de se lancer dans cette grande aventure en faisant appel à la célèbre photographe et botaniste Gisèle Lamoureux, qui se chargera de prendre en photo l’iris versicolore et d’écrire un manifeste sur l’histoire de la fleur.

Louise Gratton demandera à PopMedia d’imprimer 60 000 cartes postales qui seront distribuées à la population, qui se chargera de les envoyer au ministère de l’Environnement.

Le ministère, recevant des cartes en grand nombre, a alors adopté la résolution de changer l’emblème floral initial en iris versicolore. Si le chemin a été long, Louise a bien compris que pour avancer vite il fallait mobiliser le plus de monde possible: «Tu vois, ce n’était pas en restant entre scientifiques qu’on aurait pu changer le nom de la fleur, mais bien en s’ouvrant au peuple, car après tout, c’est leur drapeau à eux aussi».

Instances officielles

Pour en apprendre davantage sur le quiproquo iris/fleur de lys, Reflet de Société a contacté le ministère de la Justice, responsable du drapeau et des symboles nationaux. Une conversation sans queue ni tête s’en est suivi où l’agent ne comprenait pas que nous parlions d’iris sur le drapeau québécois tandis que nous tombions des nues que la personne responsable des symboles ne connaisse pas l’histoire autour de la fleur de lys. Quant à Louise Gratton, elle s’est esclaffée en précisant que cette ignorance ne l’étonnait aucunement.

En complément à Reflet de Société +

Comment enseigner l’histoire du Québec ? Découvrez ce débat entre Éric Bédard, professeur à la TÉLUQ, et Marc-André Éthier, professeur en didactique de l’histoire à l’Université de Montréal. Une entrevue organisée par Les publications universitaires.

 

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Delphine Caubet
Delphine Caubet

Enthousiaste de nature, j’aime observer et étudier les événements de nos sociétés. Ce pour quoi mes études de science politique m’ont passionnée. Aujourd’hui, ce sont elles qui me conduisent à vouloir communiquer cet intérêt. J’espère, au travers de mes articles et de mes livres, toucher et intéresser les lecteurs sur des faits d’actualité, soit par la pertinence ou l’incongruité de l’information. Mes domaines de prédilections sont les enjeux sociaux, la politique, la religion et particulièrement lorsqu’ils se mélangent!

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