L’enfer du Leclerc

Je veux dénoncer mes conditions d’incarcération à la prison de Leclerc à Laval en 2016. Ce pénitencier fédéral masculin fermé autrefois pour insalubrité a rouvert ses portes pour les filles de la prison de Tanguay, bâtiment qui menaçait de s’écrouler à Montréal.

Un texte de Isabelle Savard – Dossier Chronique d’un prisonnier 

Je suis arrivée une semaine après le déménagement des détenues de Tanguay. La plupart d’entre elles avaient perdu leurs vêtements et effets personnels. Elles ont été privées de leur médication, même celles atteintes de maladies graves. Je suis donc arrivée dans atmosphère violente où les filles se volaient entre elles. Les secteurs (déterminés selon le niveau de sécurité requis) étaient mélangés. Il y avait des filles de minimum, avec des medium et des maximum sur tous les étages. Le free for all.

Conditions d’hygiène

Il n’y avait pas assez de matelas et d’oreillers pour tout le monde, et les matelas présents étaient endommagés et malpropres.

Et c’est sans parler des douches. Des vers blancs en sortaient dans mon secteur, le 49H, et j’ai dû me doucher devant les gardiens tant masculins que féminins durant 3 mois. Les rideaux sont arrivés en juin et aucun nettoyage des lieux n’a été effectué entre la fermeture et la réouverture et les conduits d’air étaient bourrés de champignons.

Il n’y avait pas toujours de la nourriture pour tout le monde et cette nourriture, n’en parlons pas.

Par manque de personnel, les visites étaient presque toujours annulées sans avertir les familles qui se déplaçaient. Par manque de personnel, on nous oubliait dehors en pleine tempête, dont une fois pendant des heures. Et donc sans surveillance. Le bouton d’urgence ne fonctionnait pas dans les cellules qui servent de salles pour attendre le camion de la cour. J’ai fait une crise d’anxiété une fois, sans fenêtre, sans eau, sans toilette et je n’ai eu aucun secours. Une chance que j’avais mon sac à sandwich pour m’aider à respirer.

En août, je me suis cassé la main, ils m’ont fait des radios seulement après une semaine. Après 2 mois, j’ai été appelée à l’hôpital. Sauf que depuis, j’étais ressoudée… une blessure mal soignée qui aujourd’hui encore me fait mal.

La lenteur n’était pas le seul problème du service médical de la prison. Le suivi psychologique était absent. Nous n’avions aucune aide alors que des filles faisaient des tentatives de suicide. Durant 9 mois, j’ai été témoin de 3 décès. C’était simplement inhumain et irrespectueux… ils ont même annulé la messe qui leur était dédiée.

Les meetings n’avaient que 5 toxicomanes acceptées par wing. Pour la plupart, ce fut un échec d’arrêter de consommer. Et souvent ces rencontres étaient annulées sans que les membres en soient avertis. Le personnel de la prison était tellement mal organisé que les hommes arrivaient fréquemment à intimider les filles dans leur cellule.

Je plains les filles qui y sont encore aujourd’hui et j’espère que les choses vont changer.

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