Les discussions du mardi au Café Graffiti, un Breakfast Club version deuxième millénaire

Les quarantenaires s’en souviendront, il s’agit du film culte Breakfast Club. Une demi-douzaine de jeunes, qui au départ avaient bien peu en commun, se retrouvent en retenue dans une bibliothèque. Progressivement, à force d’exprimer et de confronter leur vérité personnelle, ils se découvrent mutuellement jusqu’à terminer leur journée soudés les uns aux autres. C’est un peu beaucoup cette magie qui opère lors de ces mardis discussion dans un bistro de Hochelaga-Maisonneuve.

Un texte de Martin Comeau – Dossier Éducation

 

Depuis janvier 2018, le Café Graffiti s’était fixé un objectif audacieux : réunir une dizaine de jeunes autour d’une table, avec un café et un dessert, pour discuter durant 3 heures d’un grand thème qui touche leur vie. Des jeunes de tous les horizons, une chimie aussi improbable que touchante, chacune, chacun apportant sa propre couleur et partageant son parcours. Les uns criminalisés, les autres transgenres, l’un citoyen s’estimant sans histoire (et selon lui sans intérêt), l’autre en attente de la place qu’elle  souhaite obtenir en thérapie pour se libérer d’un problème de toxicomanie. Des mères monoparentales, aussi, autant que des professionnels judiciarisés pour la première fois de leur vie. Parmi eux et elles, certains ont subi de la violence, des abus, mais une chose leur est commune, suffisamment intéressante pour les faire s’arrêter: le désir d’essayer de faire différemment.

Ces ateliers de discussions s’inscrivent dans le volet Encourager l’engagement civique dans le programme du gouvernement du Québec intitulé Stratégie d’action jeunesse 2016-2021. C’est le ROCAJQ qui a eu le mandat de superviser la réalisation de ces ateliers. Pour le Café Graffiti, un des mandataires à qui incombe leur mise en œuvre, une dizaine de thèmes étaient proposés. Ils étaient tous en lien avec des enjeux de société allant de la discrimination à la santé mentale, en passant par l’accès aux soins de santé et les médias sociaux.

Une fois complétée, la liste des sujets que proposait le programme s’est allongée des suggestions des jeunes. Constatant leur présence assidue et le nombre toujours croissant de participants, Caroline Demers, animatrice de milieu au Café Graffiti, a adressé une demande à l’organisme Survivre, lequel œuvre en promotion de la santé mentale, afin que l’organisation prenne le relais de la création de contenu des ateliers. Il s’agissait de poursuivre, malgré l’absence de fonds pour le faire, ce projet du Café Graffiti.

C’est Isabelle Pellerin, chercheuse pour l’organisme Survivre qui fournira donc le contenu pour les 7 autres ateliers qui suivront. Estime de soi, Dignité, Processus de pardon authentique, Analyse transactionnelle, L’équilibre dans les sphères de vie et Les langages de l’amour sont autant de sujets qui seront découverts, traités, débattus et remis en question par plus d’une quinzaine de jeunes qui assistent maintenant chaque semaine aux ateliers.

« C’est particulièrement touchant, explique Isabelle Pellerin, de voir ces jeunes se découvrir eux-mêmes, mais aussi entre eux. De voir qu’ils peuvent aller au-delà de préjugés qu’ils entretenaient les uns envers les autres et se parler de conception de l’amour, de pardon envers l’autre, envers soi, mais aussi s’écouter avec empathie et développer, semaine après semaine, de la bienveillance pour le vécu de l’autre. C’est beau à voir. Franchement, de les voir arriver avec leur copine, leur copain, parce qu’ils ont le goût de partager avec l’autre ce qu’ils découvrent, c’est vraiment fantastique. De les voir oser s’ouvrir en groupe à propos de sujets aussi sensibles, c’est la preuve qu’on peut encore créer un climat de confiance et libérer les émotions, les sentiments et la parole. »

Ces ateliers, une fois dispensés aux jeunes, ont rapidement mis en lumière l’importance de ces espaces d’échanges. Les jeunes ont dit apprécier ces moments où ils ont pu, à tour de rôle, exprimer leur réalité quant à une problématique donnée, tout en découvrant les enjeux qu’elle représente pour l’autre. Une ouverture et une meilleure compréhension des différences seront nées de ces moments pris ensemble autour d’une table dans un bistro, lors d’une rencontre surprenante à laquelle ils auront choisi de participer. Ils auront laissé la chance à la chance.

La liste des participantes et des participants s’est allongée, chaque semaine. Des visages sont venus en remplacer d’autres (un petit nombre) qui s’en allaient. Certains demanderont s’ils peuvent amener leur conjointe la semaine suivante. C’est ce que fera Yannick (nom fictif), un participant dans la jeune vingtaine.

« Ça m’aide, ça ! s’exclame Yannick. Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas, qu’on ne sait pas. On sait l’importance de pardonner, de se pardonner, mais comment faire ? Apprendre qu’il y a des étapes, des moyens, c’est important. J’aime ça prendre ce temps-là pour réfléchir et avoir le feedback des autres ! »

C’est ce que rappelle l’animateur en début d’atelier, chaque semaine. «Ces jeunes peuvent réellement être tellement fiers d’eux et d’elles, explique Isabelle Pellerin. Peu de gens prennent 3 heures par semaine pour s’interroger sur les bases de l’estime de soi, l’équilibre dans nos sphères de vie, le pardon. C’est tellement important qu’ils se reconnaissent dans tout le sérieux qu’ils mettent à devenir meilleurs, mieux dans leur peau et leur vécu ! »

«On ne pouvait pas arrêter ça, malgré le tarissement des fonds ! relate Caroline Demers. Les jeunes y tiennent trop. Ils reviennent, veulent savoir c’est quoi le sujet de la semaine suivante, posent des questions, viennent me voir pour obtenir des rencontres individuelles, des précisions, s’exprimer encore… Ils sont devenus une gang qui se parle des vraies affaires. »

À oser chaque semaine la prise de parole, des liens se sont tissés entre les participants. Des ressemblances ont émergé au grand jour. Dans leurs différences, il y avait des similitudes. La confiance dans le respect. C’est ce petit miracle, cette rencontre inattendue, qui les fait visiblement revenir chaque semaine, pour discuter d’un nouveau thème.

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Guide d'animation pour atelier
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Martin Comeau

Martin Comeau est édimestre pour le magazine Reflet de Société Plus. Il occupe le poste de direction des communications pour le magazine et est co-concepteur de la plateforme. Vous pouvez le joindre directement en composant le 514-497-6221 pour toute question technique liée à votre expérience utilisateur-trice.

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