Netflix et les Journées de la culture

Raymond Viger
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Journées de la Culture 2017. Je me retrouve sur la scène du Bistro le Ste-Cath. À ma gauche, Carole Poirier, députée d’Hochelaga-Maisonneuve. À ma droite Francis Désilets, conteur professionnel et animateur aux Dimanches du Conte.

Un texte de Raymond Viger – Dossier Culture

La raison de notre triumvirat est de permettre à Mme Poirier de remettre un prix à Francis Désilets pour ses 10 ans d’animation aux Dimanches du Conte. À titre de représentant, Francis recevra par la même occasion un deuxième prix pour leurs 20 ans d’existence.

Une période de 20 ans pendant laquelle, le directeur, Jean-Marc Massie, n’a cessé de défendre les artistes. Parce qu’un artiste n’est pas un «cheap labor» qui ne sert qu’à remplir une salle de spectacle.

Mais voilà que pendant son allocution, Mme Poirier vient me frapper de plein fouet. Elle présente l’ignoble entente entre Ottawa et Netflix. Ce géant américain bénéficiera d’une exemption de taxes pour ses abonnements vendus au Canada.

Des éclairs m’ont traversé l’esprit. Des nuages gris ont pris toute la place dans mon cerveau. Ma sérénité a fait place à la fougue du guerrier. Tous les beaux discours que j’avais préparés pour souligner le magnifique travail de Francis Désilets et des Dimanches du Conte ont disparu.

Notre organisme communautaire, non subventionné intervient auprès de jeunes marginalisés. Notre organisme, positionné en économie sociale, a créé 50 emplois permanents toujours non subventionnés auprès d’une clientèle pas toujours employable. Des gens qui ont besoin de formation et d’écoute. C’est plus de dix millions en taxes et en charges sociales que nous avons fait parvenir aux trois paliers de gouvernement. Je ne saurais dire combien exactement. J’ai arrêté de compter il y a plusieurs années après avoir atteint ces dix millions.

Notre organisme a dû s’adapter et s’ajuster aux augmentations de taxes, de nouvelles lois que les gouvernements nous ont imposées. Nous sommes un organisme qui participe à la vie économique et sociale de notre pays et de notre société.

Quand j’apprends les ententes que nos gouvernements concluent avec différentes grandes industries, je me questionne si les millions que je leur envoie sont bien investis.

Et voilà que sur scène, devant une foule en délire, j’apprends que Netflix l’aura facile pendant que nous nous saignons à tout faire, autant de l’intervention que son financement.
D’autres entreprises, même canadiennes, ont eu des accommodements raisonnables pour continuer à faire voguer leurs bateaux vers les paradis fiscaux.

Pendant que les grosses entreprises font la loi. Pendant qu’ils dictent leurs conditions. Nos gouvernements plient devant eux. Et nous devons continuer à faire des miracles avec des peanuts. Et on parle de démocratie quand le seul droit que nous avons est de prendre cinq minutes pour élire un gouvernement et que nous subirons pendant les quatre années suivantes ses prises de position.

Insulté par l’annonce que Mme Carole Poirier venait de faire, j’ai déchiré ma chemise sur scène, oubliant ma raison d’y être :

  • Féliciter Francis Désilets pour son implication dans l’art oratoire du conte
  • Féliciter les Dimanche du Conte pour près d’un quart de siècle de soutien aux conteurs du Québec.
  • Remercier Toxic Art pour la création de trophées originaux pour eux.
  • Remercier Mme Carole Poirier pour son soutien à la culture du Québec.

Félicitations à tous les artisans de la Culture au Québec qui s’acharnent à conserver intacte notre culture. Et parfois avec de faibles moyens.

Merci à vous, chers lecteurs, de m’accepter dans tout ce que je peux vivre et traverser pour accomplir notre mission sociale et culturelle.

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Raymond Viger
Raymond Viger

Raymond Viger est éditeur du magazine Reflet de Société. D'abord intervenant de rue, il est devenu un acteur reconnu et apprécié par ses pairs pour ses préoccupations sociales et communautaires, particulièrement dans la fondation et la direction général du Journal de la Rue, du Café Graffiti, de Reflet de Société ainsi que plus récemment de l'organisme Survivre.

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